|
Jamais trop complet ni trop
précis, souvent trop succint, le certificat médical doit être
juridiquement valable pour permettre à la victime d'obtenir un juste
dédommagement du dommage subi. La responsabilité du médecin est
engagée.
A
LE CERTIFICAT MÉDICAL ne sera remis qu'à l'intéressé en
main propre, ou à son tuteur légal, s'il s'agit d'un mineur ou d'un
incapable majeur, et jamais à un tiers, sauf en cas d'accident du travail,
de maladie professionnelle, de pension militaire, de malade dans le coma
(il est remis alors au représentant légal), de réquisition (où le
certificat n'est remis qu'à l'autorité requérante).
Pour être juridiquement
valable, le certificat se doit d'être complet, précis, comporter
plusieurs paragraphes et en aucun cas se résumer à quelques lignes,
comme on le voit encore trop souvent. En effet, l'importance des
constatations initiales est primordiale pour la victime, comme plus tard
pour le juge. Le médecin engage sa responsabilité en le
rédigeant.
B LE CERTIFICAT MÉDiCAL
UTILISE UN VOCABULAIRE adapté et précis:
1) LES CONTUSIONS: sont des
lésions sans solution de continuité de la peau. On
distingue:
- L'ERYTHEME, simple rougeur
congestive de la peau, qui s'efface à la pression,
- L'ABRASION CUTANÉE,
ablation d'une petite zone de l'épiderme par frottement, sans
saignement. Les griffures, qui peuvent saigner, permettent d'évaluer la
position des doigts de l'agresseur et doivent être décrites
minutieusement.
- LES ECCHYMOSES, taches de
couleur variable selon leur ancienneté, sont dues à une extravasation
sanguine. Elles peuvent reproduire les marques d'un instrument. Leur
couleur varie: de rouge-bleu le premier jour, elles deviennent violacées
les 2e et 3e jours, puis verdâtres vers les 4e à 6e jours, et jaunâtres
vers les 10e à 15é jours, pour enfin disparaître en deux à trois semaines.
Ceci à titre indicatif.
- LES HEMATOMES sont des
collections sanguines ponctionnables, à l'inverse des ecchymoses, qui se
résorbent en trois semaines environ, après la même évolution colorée que
les ecchymoses.
2) LES PLAIES, sont des lésions
avec solution de continuité de la peau. On distingue:
- LES PLAIES FRANCHES,
nettes, qui sont dues à un instrument tranchant, et peuvent être plus
ou moins profondes, intéressant peau, muscle ou organe sous-jacent. Si
elles sont causées par un instrument piquant, elles prennent un aspect
ponctiforme.
- LES PLAIES CONTUSES, aux
bords moins nets, irréguliers car une contusion y est associée, cas le
plus fréquent.
- LES MORSURES, dont les
traces laissées par les dents disparaissent assez vite, obligeant à les
voir, les décrire ou les photographier ou en faire des moulages
rapidement.
- LES BRULURES, dont l'aspect
varie selon la gravité: érythème, phlyctène, escarre ou
carbonisation.
C LE CERTIFICAT
MÉDICAL DOIT ÊTRE RÉDIGÉ, sur papier libre, mentionnant les noms,
adresse, qualité et numéro d'inscription à l'Ordre des Médecins, du
signataire. Objectif et impartial, il indiquera:
- En cas de réquisition "Serment
préalablement prêté", si le signataire est expert judiciaire, sinon la
mention "prête serment d'apporter mon concours à la justice en mon
honneur et conscience" devra figurer dans le texte.
- L'IDENTIFICATION DE
LAVICTIME, en précisant "qui dit se nommer" car le médecin n'est pas
tenu de vérifier l'identité de la victime;
- LA DATE PRÉCISE ET L'HEURE
de l'examen, ce qui permettra plus tard aux magistrats ou aux experts
d'évaluer le temps écoulé entre l'agression et l'examen et mieux
comprendre l'état de la victime.
- LE RECIT DES FAITS TELS
QU'ILS SONT RAPPORTÉS par la victime. Le médecin doit préciser de
façon claire qu'il s'agit des dires de la victime et ne jamais les prendre
à son compte.
Le plus simple est de mentionner
les déclarations de la victime entre guillemets, ce qui sépare bien les
observations du médecin des dires de la victime.
- LE RESULTAT DE L'EXAMEN
CLINIQUE, qui doit être une description précise des lésions observées,
qui seront mesurées et localisées par rapport aux repères osseux (intérêt
des croquis et des photographies), de TOUTES les lésions,
mêmes celles qui sont anciennes et antérieures à l'agression, en les
précisant comme telles. Cet examen doit être des plus complet, même en cas
de soins urgents; tout doit être noté rapidement pour ne rien
oublier plus tard lors de la rédaction du certificat initial. En effet
ce certificat est indispensable pour l'imputabilité des futures séquelles
et donc leur prise en charge et leur dédommagement. C'est dire la
responsabilité du médecin, qui devra en outre toujours mentionner
l'état psychologique de la victime (prostration, stress,
excitation...) et préciser que des séquelles psychiques
post-traumatiques peuvent survenir dans les SIX mois a
venir.
- LES DOLEANCES de la
victime, c'est-à-dire les symptômes fonctionnels ressentis par la victime
et attribués à l'agression.
- LES CONCLUSIONS ET LE CALCUL
DE L'ITT, le nouveau code pénal dit bien ITT et non plus
ITTP;
* En cas de violence volontaire
si l'ITT est < à 8 jours, il s'agira pour l'agresseur d'une
contravention passible du Tribunal de Police; si l'ITT est > à 8 jours,
il s'agira d'un délit, passible du Tribunal Correctionnel.
* En cas de blessure
involontaire, si l'ITT est inférieure ou égale à 3 mois, il s'agira d'une
contravention, et d'un délit si l'ITT est supérieure à 3 mois.
L'on comprend donc bien que
l'ITT influencera la gravité des sanctions encourues par
l'agresseur,
et que sa détermination doit être juste. ITT signifie INCAPACITE
TEMPORAIRE TOTALE , elle se caractérise par l'impossibilité pour la personne d'accomplir d'autres
taches physiques que ménagères. (Cour Cassation. 6.2.2001). Si l'on considère une plaie peu profonde par
arme blanche de la phalange distale du cinquième doigt de la main
gauche, l'ARRET DE TRAVAIL sera d'une journée (le temps des soins) chez
un chef d'orchestre, mais de plusieurs semaines chez un violoniste.
L'ITT dans les deux cas sera d'une journée. Le même acte entraînant la
même blessure doit recevoir la même sanction. L'on comprend donc que
l'ITT EST DIFFERENTE DE L'ARRÊT DE TRAVAIL, et qu'il semble souhaitable
d'informer les magistrats de la durée de l'ITT, et de la durée
de l'arrêt de travail occasionné, variable selon la profession, afin
qu'ils puissent décider en toute connaissance de cause.
D CAS
PARTICULIERS:
- SEVICES ET PRIVATIONS A UN
MINEUR
Le secret professionnel (=
médical) est levé en cas de signalement de sévices ou de privation sur un
mineur de 15 ans (article
226-14 du CP); le médecin peut, et doit, signaler ces cas à la DDASS,
voire au Procureur de la République.
Devant toute suspicion de
syndrome de MUNCHAUSEN, de syndrome de l'enfant secoué, ou de syndrome de
SILVERMAN, le médecin doit hospitaliser l'enfant.
- LES VIOLENCES
SEXUELLES
1. LES AGRESSIONS SEXUELLES
concernent: (article
222-22 du CP)
* Les attouchements, exécutés
avec ou sans déshabillage, avec les mains, la bouche, le pénis, ou un
corps étranger.
* Les masturbations pratiquées
par l'un ou l'autre sexe sur la victime, ou que la victime est
contrainte d'effectuer sur l'agresseur;
* L'abus sexuel, qui utilise
un enfant pour le plaisir d'un adulte.
Dans tous ces cas le certificat
mentionnera ce qui est observé, et précisera s'il y a eu ou non viol
associé. Les attouchements ne laissent souvent aucune trace, mais s'ils
ont été appuyés ou répétés, l'on peut noter, pendant un jour ou deux, une
vulve rouge, tuméfiée, douloureuse, parfois avec des coups d'ongles, des
érosions, et de gros ganglions inguinaux. Il est cependant, impossible de
différencier cet état d'une vulvite masturbatoire ou
infectieuse.
2. LE VIOL: il s'agit
juridiquement de toute pénétration sexuelle, de quelque nature que ce
soit, commis sur la personne d'autrui par violence, contrainte, surprise
ou menace. Il s'agit d'un crime, jugé aux Assises. Le viol entre époux
est possible.
* Le certificat, outre la
description détaillée et complète des lésions observées, (notamment au
niveau du crâne, du visage, des seins, des bras et avant-bras, des
poignets, du pubis, des fesses, des cuisses, de la face antérieure des
jambes), appréciera si l'aspect des lésions est compatibles avec les
allégations de la victime. Les simulations épargnent, en général, le cou,
les poignets, les plis inguinaux et les organes sexuels.
* L'examen de la sphère génitale
notera l'aspect de l'hymen, qui, intact, peut être annulaire,
semi-lunaire, cribriforme, frangé, lobé, corolliforme, avec ou sans
encoches congénitales, aspects qui varient selon l'âge. Pour examiner
l'hymen, il convient d'écarter doucement les grandes lèvres, découvrant
ainsi une zone triangulaire à sommet postérieur chez l'enfant, et
antérieur chez l'adulte. L'on pourra s'aider d'un ballonnet ou du TR (si
tous les prélèvements sont déjà effectués) pour faire bomber la partie
postérieure de l'hymen, et ainsi mieux juger de son intégrité. Les
ruptures engendrées par un coït sont postérieures, vers 5 h et 7 h en
général, et ATTEIGNENT la paroi vaginale. Les ruptures antérieures sont
plutôt le fait d'introduction digitale, en crochet, et les ruptures
latérales plutôt crées par une introduction instrumentale. En cas de viol
récent (1 à 4 jours), les bords libres de l'hymen sont tuméfiés, rouges,
déchirés, douloureux, plus ou moins en cicatrisation selon la date de
l'examen par rapport à l'agression.
En cas d'hymen très complaisant,
permettant un coït sans déchirure, l'on peut noter de minimes lésions sur
le bord libre de l'hymen, parfois visible seulement sous forte loupe ou au
colposcope.
S'il s'agit d'une nullipare
antérieurement déflorée, l'hymen sera rompu et cicatrisé, et les lésions
porteront plus volontiers sur le vagin et l'anneau vulvaire. De même chez
la multipare où l'hymen n'est plus représenté que par les caroncules
myrtiformes. Ces lésions sont parfois difficiles à voir, et outre le
colposcopie, "on peut utiliser le test au lugol ou le test au bleu de
toluidine pour les repérer. La présence de multiples lésions vaginales
peut faire évoquer un viol collectif (un spéculum en plastique transparent
permet un examen complet et très doux du vagin).
Au niveau de l'anus, I'on
cherchera des lésions péri-anales, des déchirures de la muqueuse, et des
ecchymoses sous muqueuses. Un examen à l'anuscope peut être nécessaire,
ainsi que la recherche du réflexe sphinctérien.
Le toucher vaginal, très
doux, établira la possibilité de pénétration d'un ou deux doigts, si
l'hymen est atraumatique.
Ces examens nécessitent des
précautions comportementales si l'on veut éviter une victimation
secondaire, et ne sont pas d'interprétation facile. La difficulté est
encore pies grande dans certaines ethnies pratiquant des mutilations
génitales chez les fillettes. Il ne faut donc pas hésiter à directement
adresser les victimes de viol à l'un des centres spécialisés qui existent
en France, si ce dernier n'est pas trop éloigné, qui prendra en charge
globalement la victime, ou à un confrère plus familier de la pratique
médico-légale.
E LE CERTIFICAT MÉDiCAL
MENTIONNERA la liste des prélèvement effectués.
Toujours
prélever avant de toucher
En cas de réquisition, ces
prélèvements seront en double exemplaire, et les scellés seront apposés
par l'autorité requérante sous les yeux du médecin.
Sera prélevé tout corps
étranger (poils, terre, végétal...) mis dans de petits sachets en
plastique transparent.
- Pour la recherche de
spermatozoïdes, des prélèvements seront faits au niveau du vagin (culs
de sacs, endocol, exocol) de l'anus, et de la cavité buccale (derrière les
incisives, sous la langue, et dans les sillons gingivaux-jugaux), pour
réaliser des étalements sur lames, à rapidement porter au
laboratoire.
- Pour la recherche
bactériologique, les prélèvements seront faits sur milieu spécifiques
(gono, triche, chlamydia mycoplasme). NB: le traitement antibiotique
préventif des maladies sexuellement transmissibles sera prescrit ensuite,
par exemple Doxycycline 1 cp 3 fois par jour pendant 8 jours; on peut
prévoir si besoin, une contraception post coïtale par exemple par STEDIRIL
2 cp deux fois à 12 heures d'intervalle.
- Pour le typage génétique
(empreintes génétiques): écouvillons séchés à l'air puis rapidement portés
au labo ou mis à -20 degrés. Seulement sur réquisitions.
- Sur la plan sanguin:
sérologie de la syphilis, HIV, hépatite B. C, BHCG et typage génétique sur
réquisition (2X5 ml sur EDTA)
- Il est indispensable de
mentionner l'état psychique de la victime, de préciser la possible
survenue de troubles post-traumatiques dans les 6 mois à venir et
d'établir des réserves sur le long terme en particulier pour la sexualité
future ainsi que pour la fécondité. La victime devra impérativement être
revue par un médecin avec tous les résultats, qui devra contrôler BW, HIV
et BHCG au moins 30 jours plus tard. |