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Ecouter la victime

 

Le médecin qui reçoit une victime doit parler, puis faire parler et ECOUTER la victime, AVANT d'entreprendre l'examen clinique, puis PENDANT cet examen, et aussi pendant les soins. Ceci pour rétablir une fiabilité dans la relation humaine. La victime, en effet, n'était nullement préparée à subir une agression, et le glissement d'un échange humain vers la violence entraîne une douleur psychique lice à l'effraction du corps, de son intégrité, du soi. Au maximum, et en particulier lors des viols, une véritable cassure de l'histoire du sujet peut se produire. La victime subit des sentiments de détresse, de honte, de désespoir, de culpabilité, de haine, de mépris pour les autres, et pour elle-même. Ces affects vont l'envahir et créer des séquelles psychiques, qui peuvent être graves, et qui sont donc post-traumatiques.

Il faut évacuer ces affects pour éviter ces séquelles, et c'est par la parole que la victime va pouvoir le faire. D'où la nécessité du récit de l'agression, très fastidieux pour la victime, mais indispensable, dans un lieu de soins, écouté par un tiers attentif, qui reconnaît !a victime comme individu actif. Ce récit ramène la scène de violence à la conscience et permet d'en verbaliser les circonstances.

Cette décharge émotionnelle par laquelle le sujet se libère des affects, évitant ainsi qu’ils ne deviennent ou restent pathogènes, est I'ABREACTION, que le médecin, quel qu'il soit, ainsi que son personnel, doit favoriser. Il doit aussi savoir organiser le suivi médical et psychologique de la victime par des personnels compétents.

Par son écoute active, le praticien favorisera i'abréaction, ce qui nécessite du temps. Jamais le médecin ne devra se contenter d'un simple examen clinique froid et muet, et encore moins ne devra-t il minimiser les faits ou mettre en doute les dires de la victime, ce qui pourrait être lourd de conséquences futures.

Le médecin doit soigner, réconforter, mais non se substituer à la Police ou à la Justice. il n'est pas là pour juger, mais pour redonner à la victime son statut de SUJET, et lui faire évacuer ce sentiment d'être un objet, trop bien perçu pendant l'agression et parfois, hélas, aussi pendant les soins qui suivront. Il s'efforcera, enfin, de sortir la victime de ses tendances régressives, et conseillera dans ce sens l'entourage habituel de la victime.

Favoriser l'abréaction, Rétablir la fiabilité dans la relation humaine, prévenir les séquelles psychiques post traumatiques, Emanciper la victime de ses tendances régressives. D'objet, la victime devient sujet.